Ils ont été violés, torturés, ont vu des compagnons d’infortune se noyer: à Bobigny, des demandeurs d’asile trouvent un îlot de répit auprès de soignants qui tentent de les dégager des traumas qui les rongent.
Nicolas(*) pose soigneusement le gobelet d’eau et les sachets de biscuits reçus à l’accueil et s’assoit sur une chaise. Il n’arrête de presser ses mains que pour se frotter les yeux. « Je ne dors pas ! » Le jeune majeur a l’air infiniment las. De son histoire, sa santé, on ne pourra rien dire ou presque: en Guinée-Conakry, peu savent qu’il s’est réfugié en France.Arrêté lors d’une manifestation contre le gouvernement, libéré moyennant finances, il n’a aucune nouvelle des proches emprisonnés en même temps que lui. Il a poussé les portes de l’hôpital Avicenne (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP) il y a un an, « dans le brouillard » et « très affaibli » après sa sortie de prison, rapporte sa psychologue Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky.Sa première demande d’asile a été rejetée. Ici, il peut parler sans avoir à prouver ses dires ni convaincre qu’il doit être protégé par la France.

Egalement anthropologue et auteure de « La Voix de ceux qui crient. Rencontre avec des demandeurs d’asile » (éd. Albin Michel), la psychologue consulte une à deux fois par semaine dans ce service installé dans un bâtiment un peu à l’écart, le long de la ligne de tram qui traverse la Seine-Saint-Denis. Dans ce département populaire qui fait figure de sas d’entrée en France, les migrants représentent les deux tiers des 150 nouveaux patients « traumas » que le service est en mesure d’accueillir chaque année.
Leurs origines épousent les soubresauts de la géopolitique: Bangladesh, Sri Lanka, Guinée-Conakry, Afghanistan, Tchétchénie, plus récemment Irak et Syrie.
En 2017, le Comité pour la santé des exilés (Comede) constatait que, sur 16.095 migrants, 2.668 (16,6%) présentaient des troubles psychiques graves – en particulier des syndromes psychotraumatiques et des traumas complexes.

Une femme violée devant ses filles qui lui ont ensuite été arrachées en Libye, un ado homosexuel ayant échappé à la peine de mort qui reste muet devant ses compatriotes de peur d’être reconnu… Ces parcours fracassés entraînent flash-back, troubles du sommeil et du comportement, envies d’en finir. « La première chose qu’ils demandent quand ils arrivent, c’est qu’on les aide à oublier », remarque Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky. Happés par le passé, ils composent en outre avec un présent précaire, parfois dans la rue – « un trauma à part entière ».

« Chaos, bouillie psychique »

Dans un bureau à l’étage, Catherine Le Du est la référente des mineurs isolés
étrangers. Soixante-dix ont été pris en charge cette année. Pour les aider à se situer dans l' »ici et maintenant », la psychologue évoque notamment les matières et les sons qui les entourent. Elle leur fait « expérimenter que leur corps peut aussi être une source de consolidation voire d’apaisement et surtout qu’ils peuvent agir sur ce corps, se le réapproprier quand d’autres ont abusé d’eux ». Faute de moyens dédiés à la prise en charge des migrants, l’équipe peut seulement compter aujourd’hui sur le financement par l’AP-HP des interprètes, nécessaires pour communiquer avec plus de la moitié des patients.

Pour le chef de service, le psychiatre Thierry Baubet, il était « inacceptable » que cette « question de santé publique » soit laissée aux seules associations. Le professeur salue donc comme une « grande avancée » la volonté du gouvernement de créer une dizaine de dispositifs spécialisés dans la prise en charge du psychotraumatisme – y compris parmi les migrants. En attendant, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky enrage devant la loi asile et immigration qui accélère le traitement des demandes d’asile, donc impose de raconter son histoire plus tôt. « On demande précisément à ceux qui n’ont pas les moyens psychiques de parler d’être cohérents. La vérité factuelle qui est attendue (par les autorités) ne peut correspondre à la bouillie, au chaos psychique qu’ont dans la
tête les personnes qui ont été torturées », s’agace la psychologue. Nicolas glisse les biscuits dans son sac à dos et s’éclipse. A peine passé le seuil, ses épaules s’affaissent de nouveau. (*) le prénom a été changé

Chaque demandeur d’asile, quelle que soit son histoire, témoigne d’une « résistance aux formes de barbarie contemporaines ». À l’hôpital Avicenne, la psychologue et anthropologue Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky écoute La voix de ceux qui crient, titre d’un livre qui interpelle.
Depuis 1982, l’hôpital Avicenne de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a créé une consultation d’ethnopsychiatrie pionnière dans un pays où le passé colonial reste très prégnant. Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky y assure depuis 2010 la prise en charge psychothérapeutique des populations étrangères : « Migrants, demandeurs d’asile, réfugiés, exilés : comment nommer des hommes et ces femmes sans les réduire par des catégories ? »
Entre 2010 et 2016, la praticienne a mené des entretiens avec des « patients », hommes et femmes « victimes de guerres ethniques, sectaires ou religieuses, de racisme et de haine » qui ont vécu des violences extrêmes. Ils proviennent majoritairement d’une quinzaine de pays : Bangladesh, Guinée-Conakry, Sri Lanka, Soudan, Pakistan, République démocratique du Congo, Népal, Afghanistan, Côte-d’Ivoire, Niger, Tchétchénie, Nigeria, Somalie, Ukraine, Mali, Éthiopie, Érythrée. Sans doute faudra-t-il y ajouter bientôt la Syrie et la Libye… Des hommes et femmes « qui, par la violence de leur histoire, sont tenus au silence ». Certains de ces entretiens sont au cœur de cet ouvrage qui en dit long sur l’état du monde, et encore plus sur l’effacement du mythe de la France terre d’asile…
Victimes civiles fuyant la guerre et les violences, combattants lors d’une lutte politique (dont certains ont eu la place de bourreau), personnes ayant vécu des persécutions familiales et religieuses dans un cercle social plus restreint. Si chacun a une histoire propre, elle est invariablement accompagnée des mêmes conséquences : la peur, l’épuisement, la difficulté considérable de trouver un lieu pour vivre. Exclus parmi les exclus, ces apatrides que « leur solitude abyssale désolidarise du monde »…
Comme l’hôpital répare le corps cassé, le travail de Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky est de « reconstruire le sujet psychique ».
En 2017, environ 120 000 personnes ont demandé l’asile en France. Entre 2008 et 2014, environ 40 % des exilés présentent un psychotrauma. La praticienne, si elle se préoccupe du traumatisme – c’est-à-dire de l’événement (torture, viol, etc.) – entreprend surtout sur le trauma, c’est-à-dire la blessure qui en résulte et qui marque le psychisme après le traumatisme. Et ce trauma n’est pas uniquement individuel, mais met en cause la société et la culture en rompant le lien social qui aurait dû être protecteur.
« Les mots qui vont surgir savent de nous ce que nous ignorons d’eux », écrivait René Char. Encore faut-il que ces mots, péniblement prononcés par des personnes déplacées et ayant connu des souffrances terribles, trouvent une écoute… En cinq parties, l’ouvrage explique qui sont les personnes reçues dans ce lieu aménagé pour elles. Cela permet ensuite la consultation, rencontre dont l’outil fondamental est la parole qui va mener à « se dégager progressivement du trauma » pour retrouver la voix d’êtres humains libres.
Leurs parcours de survie pourraient faire dresser les cheveux sur la tête des lecteurs. Malgré les précautions du récit de la clinicienne, ce sont des témoignages terrifiants qui seraient à faire lire à tous ceux qui pensent que migrants, réfugiés, demandeurs d’asile, exilés, sont venus ici « manger le pain des Français »…
Marie-Caroline Saglio-­Yatzimirsky, anthropologue et psychologue, livre des récits et une analyse fine, sans voyeurisme, de ses consultations avec des demandeurs d’asile victimes du syndrome post-traumatique.Lire la suite de l’article.

 

Sur La voix de ceux qui crient – Rencontre avec des demandeurs d’asile

Ouvrage à plus d’un titre exceptionnel, que celui que Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky vient d’ajouter à son oeuvre d’anthropologue et de psychologue clinicienne, déjà riche de nombreuses études portant, d’une part, sur l’anthropologie de l’Inde (avec quelques échappées vers les favelas ou bidonvilles brésiliennes) et, d’autre part, sur les vécus exiliques et migratoires, approchés à partir de plusieurs angles, dont notamment la souffrance des demandeurs d’asile, l’accompagnement que peut leur réserver un psychologue clinicien, et la précarité matérielle mais surtout psychologique dont les affligent une politique d’accueil et une administration d’asile encore lacunaires et incompréhensives à mille égards.

Avec angoisse et révolte grandissante, on la suit qui décrit, entre autres problématiques et réalités observées à la loupe, comment l’administration, par ses approches et procédures contradictoires, voire dilettantes, vient en quelques minutes
d’entretien fait à la hâte défaire une armature patiemment tissée autour de la psyché fragilisée et foncièrement blessée du demandeur d’asile. Une patience bénédictine marquant son écriture nous permet de voir l’anthropologue-psychologue dans son travail sur et avec ses patients, travail dont elle décrit et analyse, au minuscule détail près, le déploiement et les étapes. À la lire, et à la voir nous éclairer sur le vécu psychique et l’odyssée quotidienne du demandeur d’asile, surtout quand il est, à l’instar de l’écrasante majorité de ses patients, rescapé d’une guerre ou ancien combattant ou prisonnier politique, pliant sous le joug d’une violence traumatique et d’un abyssal sentiment de honte ou de culpabilité, l’on se rend compte qu’on passe tous les jours à côté d’un continent qui nous demeure invisible bien que côtoyé partout et sans cesse évoqué par militants humanitaires, journalistes et politiciens.

Derrière les chiffres avancés dans les discours politiques et la presse sur les réfugiés et demandeurs d’asile, se cachent en vérité des « trajectoires épiques » et « des histoires peu connues ». Dire le drame de chacun de ces patients, tout en prenant en compte son parcours individuel, l’histoire collective et la culture d’où il provient et dont il porte les traces les plus profondes, ainsi que son profil personnel le plus souvent singulier, bref, selon le mot de l’auteure, « retrouver la voix » de chacun, voilà ce qui apparente cet ouvrage, et la longue et méticuleuse pratique dont il découle, à une vaste archéologie qui ne se satisfait pas de dénicher ce qui fait problème, ces grands « blocs » de douleur encore pesant, mais oeuvre aussi pour aider ces rescapés non pas à les oublier, mais à les transcender, à en guérir.

Plonger donc dans ces archives du silence et conduire le patient, autrement que dans une cure psychanalytique, jusqu’à l’invention ou la libération d’une parole entravée, dont la silencieuse et tenace flambée menace de ruine l’équilibre même de la personne. L’ouvrage commence par un éloquent parallèle que dessine Saglio-Yatzimirsky entre, d’une part, une séance de l’Assemblée générale, tenue le 9 décembre 2014, pendant laquelle le ministre de l’intérieur Bernard Caseneuve présente le projet de loi sur la réforme du droit d’asile en France et, d’autre part, l’expérience réelle des demandeurs d’asile, un long parcours semé d’embûches et souvent voué à l’échec. Le ministre promet que, grâce à ce projet de loi, de soins suivis seront prodigués aux demandeurs d’asile, surtout les plus « vulnérables » d’entre eux, et évoque, en les soulignant, « les ‘‘vrais’’ demandeurs d’asile, légitimes, qui feront l’objet d’une meilleure défense, afin qu’ils soient entendus ‘‘dans leur dignité’’ ». Dans le même instant, l’auteure reçoit dans la consultation de psycho-traumatologie qu’elle assure depuis 2010 à l’Hôpital Avicenne de Bobigny, le Kenyan Landry (nom changé pour confidentialité, comme ceux de tous les autres dans cet ouvrage), qui fera partie de ceux qui ont essuyé successivement les rejets de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Bien qu’il porte au dos et sur d’autres parties de son corps, ainsi que dans son psychisme, les stigmates de la torture qu’il avait subie chez lui, on le voit le 11 mai 2016, un an et demi donc après le discours du ministre à l’Assemblée nationale, qui « a connu toutes les étapes du possible pour un demandeur d’asile, et le voici revenu à la case départ ».

Dans cet hôpital, qui a été créé, nous apprend l’auteure, en 1935, avec pour mission d’accueillir la population nord-africaine du bassin parisien, les patients qu’elle reçoit toutes les semaines ou deux semaines sont majoritairement originaires d’une quinzaine de pays, en particulier du Bangladesh, de Guinée-Conakry, du Sri Lanka, du Soudan, du Pakistan, du Congo (RDC), du Népal, d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire, du Niger, de Tchétchénie, de Nigeria, de Somalie, d’Ukraine, d’Angola, du Mali, d’Éthiopie et enfin d’Érythrée.

L’administration chargée d’examiner les demandes d’asile de ces migrants s’accroche d’habitude à la logique de la preuve ; il faut toujours que le demandeur d’asile
produise le maximum de documents, de faits vérifiables attestant la violence qu’il avait subie ou les menaces pesant sur lui dans son pays, un récit convaincant et des témoignages probants, quand il porte dans son corps, sa parole entravée et à même son silence qu’il s’agira de déchiffrer, la plus grande et la plus concluante preuve. Complication supplémentaire due à l’état de fragilité dans lequel se trouve le demandeur : une phrase condescendante ou blessante venue du juge examinant son cas ou de l’interprète qui se fait parfois complice d’une administration soupçonneuse suffisent pour frapper de mutisme ledit demandeur et le priver de toute capacité à se dire, voire à se défendre. Car c’est à une défense de soi, à une légitimation de sa demande que ressemblent les séances d’examen des dossiers de ce type, l’exposé de son histoire et la justification de sa demande s’apparentant ainsi, bien étrangement, à des plaidoiries ! La conclusion que le lecteur tire de cet immense hiatus séparant l’écoute administrative de celle du psychologue, dont Saglio-Yatzimirsky fournit dans son travail un exemple pour nous idéal, est que la réception des demandeurs d’asile en France et le traitement de leur question dans l’Europe ou le monde ne pourront se faire adéquatement tant que, dans les séances d’examen des demandes, l’on ne double pas le regard des juges par celui, décisivement complémentaire, des psychologues.

Un seul exemple sur l’absence d’une réelle écoute chez l’administration juridique, l’histoire de Shabana qui, « déroutée par des questions qui lui paraissent secondaires et de détail par rapport à son histoire », demeure confuse lorsque la commission l’interroge « sur la fête nationale de son pays, sur la géographie de sa région d’origine ». « Dans mon pays, on n’interroge pas un homme ému » écrivait René Char. Or l’émotion, le plus grand « levier » de la personnalité d’un réfugié, joue le plus souvent en sa défaveur dans telles séances d’examens ou d’interrogatoire. Là où, pour le psychologue, il faut avant tout permettre à un discours de percer d’entre les ruines que sont devenues la parole du sujet, sa personnalité et sa perception de soi, l’administration, par ses procédures et sa surdité face à des mots dont la grammaire accidentée corrobore la véracité, court le plus grand risque de taire cette parole.
En plus de cet accueil qui n’en est pas vraiment un, Saglio-Yatzimirsky s’inscrit en faux contre une catégorisation abusive et réductrice, l’appellation « demandeur d’asile » ne renvoyant pour elle qu’à une étiquette administrative qui manque nécessairement l’objet désigné. L’ainsi nommé « demandeur d’asile » déborde en fait les titres qu’on lui donne et se refuse à toute saisie immédiate, à toute nomination arrêtée. Exclu et parfois pourchassé, hanté par une histoire lourde à porter et par les miroitements changeants et évanescents d’une nouvelle histoire qu’il a bien du mal à concevoir et encore plus à construire, il ne peut même pas être appelé « exilé », si nous comprenons ce mot dans le sens que lui donnait Edward Said et que rappelle Saglio-Yatzimirsky, à savoir un être qui vit la condition de l’exil et se montre capable de la transcender. Subissant une grande souffrance traumatique et une grave crise d’identité, vacillant sur les fondements de son être, il pâtit de cet affligeant paradoxe d’être invisible, oublié, lui qui est partout « archivé » et montré du doigt. Étant ainsi en « crise de présence », il est constamment sujet à cette « double absence » que le sociologue Abdelmalik Sayad, nous rappelle l’auteure, attribuait à l’immigré : menacé et indésirable chez lui, il est vu comme illégitime en terre d’immigration et partout où il aille. Ne possédant pas de lieu et étant à court de mots pour dire sa vérité et son histoire, il est l’homme du non-lieu, du nulle-part, l’idiotus qui, selon Michel de Certeau, manque surtout de lieu de discours. Tout cela fait que Saglio-
Yatzimirsky propose d’appeler ce sujet en souffrance d’aide « demandeur de l’asile », ce simple ajout de l’article défini permettant de couvrir les aspects politique, économique et psychique qui caractérisent la situation d’un tel sujet.
Vue depuis une telle hauteur et déchiffrée par les mots de l’historien du présent, de l’anthropologue et du philosophe, la non-visibilité du « demandeur d’asile » devient on ne peut plus évidente et poignante. Grâce à cette radicalité qu’a Saglio-Yatzimirsky de scruter et de nommer nos points aveugles, le regard impliqué devient un devoir, et l’attention à l’Autre un impératif catégorique.

Par ailleurs, le début du basculement du sujet dans la souffrance traumatique et son installation progressive dans la posture du « demandeur d’asile », qui bientôt tiendra pour lui lieu d’identité, et qui équivaut pour lui le plus souvent à n’être rien (« J’avais tout, et je ne suis plus rien », dit à Saglio-Yatzimirsky l’un de ses patients ; je souligne), ce début, l’auteure a l’heureuse intuition de le placer non pas dans le moment d’arrivée en France mais dans la… traversée. Ce voyage qui se fait le plus souvent dans des bateaux de fortune (sans oublier les déplacements par avion qui conduiront le Tamoul du Sri Lanka Karan, qui n’est là qu’un exemple, à fouler, avant d’atterrir en France, la terre d’une dizaine de pays, non pour tourisme mais en quête d’un lieu où vivre), est une étape décisive qui sépare radicalement et douloureusement pour le migrant un avant et un après. C’est là qu’il voit s’éloigner de lui (même si c’est lui qui s’en éloigne, par la force des circonstances) tout un monde familier, avec tout ce qu’il véhicule et contient comme attachements, relations, déceptions et espérances, bref, le tout de son histoire vécue jusque-là, dont de lancinantes rémanences ne cesseront de raviver en lui leur lot de souvenirs, cauchemars, cris, regrets et sentiment de culpabilité fantasmée à la Kafka ou réelle, pour ses camarades morts ou demeurés à la merci des tortionnaires, pour ses parents inquiétés ou morts à cause de son engagement, pour avoir faibli sous la torture et dénoncé certains camarades, ou pour le simple fait d’être un rescapé.

La traversée donc, avec son angoisse et les menaces qui la ponctuent (celles, par exemple, proférées par les passeurs jurant de jeter hors du bateau ceux qui continuent à se plaindre), le souvenir de certains passagers qui meurent de fatigue et de désespoir, et cette coupure qu’elle impose entre deux mondes et qui fait que le futur arrivant devient à partir de ce moment-là étranger à soi et à son combat, habité par une mémoire chargée de scènes génocidaires ou de torture, et soudain livré à l’inconnu des mers traversées et asiles convoitées. Tout au long de la traversée, l’attente d’une rencontre possible avec une France rêvée comme terre d’asile et appréhendée comme le pays du respect des droits de l’homme n’a de cesse de faire retentir dans l’esprit déboussolé du migrant ses mille chants de Sirènes. Et c’est à la mesure de cette attente que sera la gravité de la déception du demandeur d’asile quand il se verra désarmé face aux demandes exorbitantes de l’administration et de son incompréhension, face à la non-visibilité qu’il sera sommé d’épouser comme un destin, et aux stratégies de survie qu’il aura à développer désespérément, héroïquement, jour après jour. Et ce à tel point, que les conditions d’accueil et la précarité des moyens (sans que cela nous conduise à nier toute aide offerte aux demandeurs d’asile) leur rappellent parfois celles de leur emprisonnement au pays d’origine, d’où la tentation du suicide approchée parfois pour en sortir.

À cette « guerre » de tous les jours, à mener en terre d’accueil, s’ajoute chez l’arrivant le fait que la guerre réelle qu’il a fuie chez lui continue à faire encore ravage en lui, sous forme de souvenirs et de regrets, mais aussi autour de lui, certaines poursuites, représailles et liquidations continuant parfois à être perpétrées sur le sol français, par les hommes du régime honni ou entre les différentes factions des migrants eux-mêmes. Quand ce ne sont pas des poursuites, ce sont des brimades et agressions échangées entre les fils de la communauté d’origine : si l’autre Tamoul du Sri Lanka Raj, comme la plupart des demandeurs d’asile, a besoin de maintenir le contact avec ses concitoyens, pour entendre parler sa langue maternelle et pour développer ensemble des stratégies de survie, il souffre aussi du fait qu’ils le rejettent parce que la nuit, dans le logement qu’il partage avec eux, il crie en dormant et qu’ils trouvent qu’il a « l’air d’un fou ».

Mais toutes ces entraves et difficultés objectives ne sont sans doute rien devant celles qui assiègent le demandeur d’asile à l’intérieur de son être et que l’auteure excelle à analyser, à en montrer le redoutable travail : ce saccage des temporalités et des espaces ; le fait pour un tel sujet de se trouver seul face à sa pensée et aux armées des cauchemars, de voir s’effacer autour de lui et en lui les limites de l’humain et du non-humain, et de devoir apprendre à répondre dans ses rêves à ses bourreaux venus coloniser ses rêves ; la mémoire sensorielle perturbée, tel Karan qui se trouve incapable de prendre le métro, car il y respire l’odeur du hachich fumé par ses bourreaux lors des séances de torture, ou Landry qui se voit incapable de souffrir la couleur rouge, ayant toujours vu son tortionnaire habillé de rouge ; le fait surtout de se voir déclassé, non respecté, jeté dans un anonymat aliénant, manquant d’ancrage et de possibilité d’inscription dans le nouveau cadre civilisationnel, menacé d’effondrement culturel et de désaffiliation… Cela sans oublier la double peine des femmes demandeuses d’asile, telle la Malienne Safia, qui avait fui l’excision pour se
trouver dans un monde qu’elle ne comprend pas, ou la Bangladeshie Shabana, agressée et persécutée dans son pays pour son activisme contre la polygamie et le mariage forcé des jeunes filles, et qui se voit dénigrée par son mari émigré avec elle, qui l’oblige à porter le voile et l’accuse d’avoir mis en danger toute la famille. La désorientation psychique se traduit alors parfois par un aveuglement à l’espace et par la perte du sens de l’orientation, comme pour la Malienne Safia, logée temporairement à un kilomètre de l’hôpital et qui ne vient jamais à celui-ci à pieds, de peur de se perdre. Saglio-Yatzimirsky rappelle enfin qu’un tel demandeur d’asile « est sorti du pays mais pas de la guerre ». La célèbre phrase de Mahmoud Darwich, écrite après son arrivée à Ramallah au lendemain des accords d’Oslo, où il retrouve un pays qui n’a plus rien d’un pays : « Je suis venu mais je ne suis pas arrivé », une telle phrase s’applique à nos yeux parfaitement à ces migrants qui viennent en France mais ne la trouvent pas nécessairement.

Que la venue puisse ne pas garantir l’arrivée, tel est l’un des amers paradoxes que Saglio-Yatzimirsky montre à l’oeuvre dans la vie de ces réfugiés en manque de refuges. Et c’est à cette France, et à l’administration chargée de décider de leur sort, qu’elle vient rappeler que ces demandeurs d’asile ne sont ni fous ni menteurs, mais juste des sujets subissant un trauma qui ferait réagir de la même manière quiconque d’entre nous le subirait, nous qui nous croyons indemnes et oh combien exempts de toute névrose. Entravé par cette épaisseur mémorielle et prisonnier d’une souffrance traumatique qui, selon Saglio-Yatzimirsky, court toujours le risque de s’enkyster, incompris et littéralement non-entendu par les juges, le candidat à l’asile se voit forcément comme mort et porteur de mort. Et c’est là que l’écoute clinicienne constitue pour lui la seule planche de salut, à plus d’un titre : réparer, avec l’aide des médecins, un corps cassé ; ressouder les éclats d’une personnalité menaçant de se s’effondrer à tout moment ; mais aussi l’aider à émerger de ce silence devenu son seul habitat réel, et à formuler, face aux commissions chargées d’examiner son cas et de lui octroyer ou non le statut de réfugié, sa vérité et son histoire. Le hiatus déjà signalé entre la vérité administrative, basée sur la logique de la preuve, et celle, clinique, fondée sur le ressenti du migrant, les séquelles de la violence reçue et pour ainsi dire la qualité de sa souffrance, ce hiatus fait que ces deux conceptions de la vérité du sujet ne peuvent coïncider, quand par bonheur ou par extraordinaire cela arrive, que grâce à un titanesque labeur géré par le ou la psychologue de part en part.

Pour réparer le psychisme effondré du patient, le suivi clinicien doit surtout effectuer une dissociation, difficile à obtenir et recommencée tout au long d’une consultation pouvant durer des années, entre le passé du sujet et son présent qui exige de lui de mobiliser toutes ses ressources ; entre ce que lui disent de lui ses cauchemars et son délire et ce qu’il pourrait et devrait être ; entre l’humain qu’est sa condition réelle et le nonhumain vers lequel il se sent souvent entraîné ; et parfois même entre le mort qu’il sent être devenu et le vivant (tout juste souffrant) qu’il est en fait et en droit. Pour cela, Saglio-Yatzimirsky opte pour une approche qu’elle qualifie de psychodynamique et psychanalytique, qui s’inscrit dans la lignée des réflexions de Sigmund Freud et de Sándor Ferenczi, et va plus loin que l’ethnopsychiatrie qui fut en vogue aux années 1980 et 1990, ou que telle clinique de l’exil s’attachant à travailler sur les effets de la langue plutôt que sur les différences culturelles. Dans sa pratique minutieusement décrite, elle exploite toutes les possibilités qu’offrent non seulement l’anamnèse du sujet, les éléments que dévoilent les manifestations ponctuelles de son trauma, ou ce que mettent en lumière les mots de sa langue maternelle, dont elle privilégie l’usage (par interprète interposé) à celui, lacunaire et non-spontané, d’un anglais ou d’un français approximatifs et parfois balbutiés, mais aussi l’ensemble de sa culture, immense réservoir de mythes et de symboles, ainsi que sa foi religieuse, dans la mesure où,
chrétienne, musulmane, hindouiste ou autre, elle peut orienter le sujet dans la formulation de son drame et l’accélération de sa guérison. En effet, certains éléments positifs que contiennent les croyances du demandeur d’asile peuvent épauler le travail du thérapeute au lieu de l’entraver. C’est là que l’érudition active de l’auteure-praticienne montre son impérative nécessité.

Ne pas aider ces patients à donner un sens à leur vie signifie pour la psychologue encourager leur mort psychique. Force lui est donc de séparer la vie de la mort et d’ancrer le sujet à nouveau dans l’ordre du monde. Remotiver en lui le symbolique et le faire s’investir dans sa vie quotidienne. Un tel clinicien dont l’auteure fournit le profil exact est donc un psychologue engagé, impliqué, allant dans son travail jusqu’à devoir affronter son propre effondrement. Agissant par empathie, partage et rencontre, se voyant dans le semblable et soucieux de ne pas se perdre avec l’autre, il procède par une sorte d’autodécentrement, attitude que Louis Massignon attribuait à l’approche mystique, et que, dans le sillage de l’auteur de Passion de Hallâj, Henri Meschonnic exigeait du véritable traducteur.

Accordé, le statut de réfugié ne signifie pas la fin du calvaire du demandeur d’asile ; au contraire, et c’est pourquoi il constitue le plus souvent un choc venant s’ajouter au trauma du départ, il enracine ce sujet dans la catégorie d’exilé, ou dans la condition du paria, lui qui venait de mener un extraordinaire combat pour s’en sortir. Ce qui fait que le travail du psychologue continue même après que le demandeur a obtenu gain de cause, la réaction à cette fin d’un parcours et au commencement d’un autre variant naturellement selon les individus. Quant au statut de réfugié refusé, il signifie le début d’une vie clandestine autrement éprouvante et le dépôt, plus d’une fois recommencé dans certains cas, d’une nouvelle demande qui, peut-être, aboutirait. Dans tout cela, le psychologue clinicien continue à accompagner le demandeur d’asile, veillant à lui éviter de sombrer définitivement dans une condition victimaire ou d’être englouti par la souffrance traumatique, et décidé à le conduire hors de la plainte.

Pour conclure, il faudra souligner, entre autres avancées de cet ouvrage, trois ou quatre aspects qui en constituent à nos yeux la nouveauté, dans le sens deleuzien du terme : rupture avec une bonne partie des postulats et croyances liés au domaine concerné, et force de l’impact. En effet, dans cet ouvrage, Saglio-Yatzimirsky corrige et soumet à l’épreuve du réel bon nombre de concepts et notions psychanalytiques et cliniques, se situant, elle, aux antipodes du praticien se fiant aux mots de la science sans se soucier d’en vérifier la validité. Il y a aussi la question du style, l’écriture de l’auteure allie ici à merveille l’exactitude analytique, l’efficacité du diagnostic, la finesse de l’écoute et l’excellent maniement du langage littéraire. Ce qui lui permet d’approfondir par l’image et l’affect une approche qui, sans ce considérable supplément littéraire, manquerait sa visée et échouerait à nous parler et à déranger nos certitudes. En effet, on ne commence pas impunément ses études supérieures par un mémoire de maîtrise consacré à la poésie de René Char. De cet efficace supplément littéraire, participe aussi la force des citations mises en exergue des chapitres. Ainsi voyons-nous des vers de poésie et des aphorismes de Char, Perse, Prévert, Perec, Jabès, Mahmoud Darwich et d’autres accompagner cette immense traversée exilique. Grâce à l’aptitude de la poésie et de la grande littérature à la nomination, de tels propos aident grandement à ajouter de la précision à des cas confinant parfois à l’indicible.

Dans les discours scientistes produits sur les réfugiés, mais aussi sur le terrorisme, on constate souvent un morcellement, un traitement unidimensionnel caractérisant chaque discours, l’anthropologue, le psychanalyste et le politologue parlant chacun son propre langage, et astreignant son regard à l’un des aspects du drame. La nouveauté et l’efficacité du travail de Saglio-Yatzimirsky et de son écriture résident justement dans la diversité ou la totalisation de ses vues sur le phénomène approché. Enfin, l’on voit à l’oeuvre aussi un humanisme philosophique qui, loin de faire tomber le langage de l’auteure dans les habituels appels à la solidarité et à l’altruisme, lui permet de déconstruire et de mettre à mal la façon que l’on a de « construire cet étranger », ainsi que la persistance, en cette partie du monde, de certains réflexes coloniaux, dans notre ère que l’on qualifie, sans doute précipitamment et comme si le colonialisme a déjà vraiment déposé les armes, de « postcoloniale ».

Les demandeurs d’asile font régulièrement la une des journaux et beaucoup de nos concitoyens considèrent que leur nombre augmentant sans cesse, ils vont finir par menacer notre beau pays d’une invasion de barbares des temps modernes. On sait le sort que certains politiques réservent à ce fantasme contemporain de la « peur de l’étranger », en l’utilisant cyniquement dans leurs calculs partisans pour en constituer une figure de bouc émissaire à bon compte, et ainsi aboutir à un retour sur les bonnes vieilles traditions nationalistes, quand d’autres, moins grossiers dans l’expression de leur pensée, finassent sur le nombre de demandeurs d’asile « tolérable » pour une population française en émoi.

Mais c’est oublier la fraternité qui nous lie entre citoyens du monde, celle que les Encyclopédistes ont formalisée au siècle des Lumières, celle que les enfants de la Révolution ont inscrite au frontispice de la République Française à côté de la liberté et de l’égalité.

Lorsque vous lisez le livre de Marie Caroline Saglio- Yatzimirsky, vous retrouvez immédiatement la fraternité à l’œuvre dans l’art et la manière dont elle accueille ces traumatisés de la vie. Dès que vous donnez la possibilité de parler à ces êtres brisés par leurs odyssées improbables, dans un climat de respect absolu de ce qu’ils sont, ils vous racontent d’abord des bribes, puis, un jour, le récit de ce qu’il leur est arrivé. Les multiples visages du traumatisme sont rassemblés dans ces consultations de l’hôpital Avicenne, à l’aune de la géographie et de l’histoire de chaque peuple d’origine de ces voyageurs obligés. Les langues du monde entier viennent parler de ce qu’ils ont vécu avant de décider de partir de leur terre de naissance, mais les corps qui les expriment ne sont plus en phase avec elles, la dissociation traumatique joue son jeu de mort et de déconstruction. Les vécus sensoriels, en deçà des langues, viennent rappeler qu’il existe des sonorités, des inscriptions corporelles cicatricielles, des sadismes ensauvagés qui se sont cristallisés sur leur corporéité, s’acharnant sur leurs pauvres vies avec une cruauté sans espoir de justice. Les cauchemars viennent raconter de façon décousue les fourches caudines sous lesquelles la plupart sont passés, les laissant pour morts. Les brisures narcissiques témoignent de la violence fondamentale qu’ils ont rencontrée. Et tous ces délabrements du corps et de l’âme, lorsqu’ils sont simplement dits en réponse aux pourquoi posés par les accueillants officiels, font passer leurs auteurs pour des menteurs, voire des malades.

Lorsqu’ils arrivent à la consultation, la tentation est grande de considérer la « clinique de l’effroi » dont ils portent la marque comme une pathologie psychiatrique comme une autre. Les considérer comme des malades mentaux serait « facile » puisqu’il suffirait de les traiter comme tels, mais ce serait alors oublier la logique implacable que ces chemineaux de pays en guerre ont subi de plein fouet. Ne pas prendre en considération les raisons pour lesquelles un de nos frère se trouve dans une telle situation revient à l’aliéner davantage encore, lui laissant la responsabilité de ce qui lui arrive. Ce serait prendre fait et cause pour le tyran que, dans la plupart des cas, ils fuient en venant se réfugier chez nous.

Marie Caroline Saglio- Yatzimirsky prend le parti inverse : elle les met en situation de dire à leur rythme, avec la langue (de l’enfance, viciée, broken english…) qu’ils ont choisie, selon leurs possibilités de résistance aux moments des entretiens, ce qui peut redonner du sens à ce qu’ils ont vécu « avant ». Elle assume les silences que, souvent, ils lui imposent, ne pouvant faire autrement. Elle sait que dans tout arrêt de la parole, la pensée ne s’arrête pas pour autant, mais qu’une fois la confiance « construite » avec une personne sur qui compter, alors, dire deviendra salvateur. Car écouter de telles confidences est, de fait, acter leur authenticité. Et les évènements racontés, désormais inscrits dans le registre de l’intersubjectivité, deviennent des faits historicisés par le récit que ces demandeurs d’asile se font d’abord à eux-mêmes. Et plutôt que d’adopter une position de plainte de la victime, Marie Caroline Saglio- Yatzimirsky opte pour un accueil de leurs récits de vie, car « cette souffrance est de nature politique, (…) elle est celle de celui qui n’est inscrit nulle part, qui ne se sent plus soutenu par sa culture et qui est rejeté par la terre d’accueil, ce qui l’empêche de reprendre sa place dans le monde commun ». Et elle ajoute, « dans la consultation, le regard soutient et la parole délie ». Lorsque je lisais cet ouvrage, je venais de finir celui de François Cusset sur le « Déchaînement du monde. Logique nouvelle de la violence » qui évoque la « guerre-monde et les nouveaux exodes », en citant précisément le livre de Marie Caroline Saglio- Yatzimirsky comme illustrant parfaitement la thèse de ces nouvelles formes de violences qui font des ravages aujourd’hui, mais enfanteront demain de plus grandes violences encore. La force de ces récits est de ne pas en rester à des souffrances individuelles auxquelles une psychologue particulièrement douée, et formée à l’interculturel, pourrait répondre par une psychothérapie. Sans renier l’importance d’un travail psychique intersubjectif et transférentiel qu’elle met en oeuvre à chaque fois que cela s’avère possible, elle élève le débat au niveau auquel nous avons à le traiter collectivement, celui du Politique. Encore faut-il trouver quelques personnes politiques courageuses pour tenir bon sur l’accueil nécessaire de l’autre en déshérence. De ce côté là, il est à craindre que le recours à la psychothérapie soit aujourd’hui le seul disponible, et ce, pour longtemps encore.

Un immense merci à Marie Caroline Saglio- Yatzimirsky d’avoir écrit de manière alerte et roborative le récit de Raj, de Shabana, de Karan, et de beaucoup d’autres, afin de nous enseigner les nouveaux visages de la clinique du traumatisme et les qualités humaines qu’il faut savoir mettre à leur disposition pour les accueillir dignement. Nous pourrons alors de nouveau dire sans honte  : « Bienvenue, toi, l’étranger, mon frère ».


 

Sur Dharavi : from mega slum to urban paradigm

« One of the major differences between urbanisation in the West and its counterpart in the East is that the migration of population from rural to urban areas is snailpaced in the former, whereas in the latter, where villages still have a substantial population, in some cases almost 70 per cent of the total population, it is continuing untiringly, touching dangerous and unsustainable levels, thus jeopardising the future of cities, especially in many parts of the developing world. The term ‘metropolitanization’ is used for the process taking place in those cities where infrastructural facilities are being made better, since these cities have recovered from the incessant and nerve-wracking streams of the migrants. Once the population has settled down, and remains stable because of its natural growth instead of migration, and the city has not to struggle with the basic needs of the migrants and fringe populations, it can take up projects for its improvement and sophistication.

Cities in the East—the so-called Oriental Cities—are in a state of perpetual demographic expansion. Cities here are not the ‘civilized, clean, polished, sophisticated, stench-free, ideal places to live’, the places where the ‘flowering of the best in humankind occurs’, as has been the proverbial image of the urban locations, much idealised in poetry and literature, but are the ‘bins’ of squalor and filth, in which a vast majority survives with a ‘culture of poverty and scarcity’, where one generation after the other leads a ‘pavement-life’, with utter hopelessness, helplessness, misery and despair.

This, however, is not the complete story of cities. This, of course, is the description of a majority of people, but for a minority—affluent, endowed with social capital—the city is nothing short of a heaven, for its members control resources, instruments of power and enjoy commanding positions in various institutions. That there are two cities in one—one of affluence and the other of indigence is a known observation. These two cities, though continuously interacting, are diametrically opposed in terms of the indices of development. Much of the urban study is in fact concerned with understanding and opposing these two strata of living.

Saglio-Yatzimirsky’s work on Dharavi amply documents and analyses the ‘schizophrenia’ of cities—the Mumbai of Antilla versus the Mumbai that houses ‘Asia’s largest slum’, an expression for Dharavi that may be traced to V. S.Naipaul’s chronicle of India. But it is not a litany of Dharavi’s woes as one might expect, but is an organically integrated description of its vitality, dynamism and pluralism. In the last 15 years, Dharavi has been an attractive academic proposition, with scores of writers and fieldworkers thronging to it to study its expansion, the characteristics of its populations, its protean character and the social life conducted in its myriad tenements (locally called chawls). Saglio-Yatzimirsky’s exemplary work, conducted over a period of 20 years, with a number of publications already known to us, is an insightful account of its people, the predicaments of their life and their identity as the ‘inhabitants of Dharavi’ (or Dharavikars, meaning ‘those from Dharavi’).

Dharavi has a long history, of not less than a century. It is not, to use Robert Redfield’s expression, a village transforming into a city, nor is it a sub-district of an urban area. Rather, it is a ‘full-fledged city of its own, with its clearly identified districts and communities’ (p. 90). Besides the fisherpersons, who belong to the caste of Koli, the Dharavi inhabitants are all migrants. The progeny of those who settled here a century ago have done well in life; they are the castes from Tamil Nadu, the leatherworkers from Maharashtra and the Nav Buddhists from Matunga Labour Camp. Those born in Dharavi have common sentiments of attachment to their place; for them, it is a ‘community’; it is not the ‘gigantic slum’, the ‘hub of poverty and deviance’, as the outsiders undertaking its study may define it; instead, for them, it is their ‘home’, the ‘marker of their identity’, one for the amelioration of which they would like to make whatever contribution they could against the backdrop of the constraints and limitations they find themselves enmeshed in.

But, is this ‘we-ness’, the ‘sense of belongingness’, which is a ‘subjective and emotional process’ (p. 91), found among the other residents of Dharavi? Perhaps not. There are migrants who have, in recent years, come to live in Dharavi from the Gangetic plains. Their integration to the place and to the other peoples and communities therein is tenuous; for them, Dharavi is a place (a ‘vast workshop’, as the author describes it) from where they can earn their livelihood, save money, to be eventually sent back home, and so they keep ‘functional relations’(or ‘means-to-ends’ relations) with the others.

From the rich details that the book provides about the communities and people in Dharavi, one may build a distinction between the ‘dwellers in Dharavi’ and ‘dwellers of Dharavi’. The former are the ‘entrenched’ ones—they are far more integrated than the others, as for them, living in Dharavi is a matter of both social and sentimental existence; by comparison, the latter (the ‘dwellers of Dharavi’) are those whose physical existence is in Dharavi, but their heart dwells elsewhere. The author cites the instance of a man from the caste of leather workers who has been working in Dharavi for the last 23 years, but did not cultivate any relations there, for he always believed that what was closer to his heart was his village, from where he came, where his family members lived and where he would return after he decides to leave the city forever (pp. 91–92). This is just one example; there may be several others for whom economic opportunities and networks are far more important in Mumbai, and they do not nurse the idea of remaining permanently in the metropolis, notwithstanding its scintillating glitter and glamour.

That the concept of integration should be understood in terms of its degree is a worthy contribution of this work. For working out the degree of integration, the dimensions of social differentiation, such as gender, age and stratum, need to be taken into account. Questions like, ‘Are women more integrated to the neighbourhood than men?’ or ‘Are upper classes more integrated than the lower?’ require investigation. The point is that we should consider society as ‘divided within’, having contesting perspectives on and about reality. Looked from outside, it may appear homogeneous, undifferentiated and having sameness; but when one delves deeper inside, one is impressed by its cleavages, factions, quasi-groups, serving interests of different sections, precariously balancing the situation and keeping its order and continuity. Pursuing this idea, the book submits that the slum, like any other social unit, should not be seen as homogeneous or undifferentiated. It is internally differentiated, and the process of its differentiation is speeded up as a consequence of the changes being unremittingly introduced from outside. Furthermore, the book shows that in a situation like this, where ‘old migrants’ (who are no more seen as such) and ‘new migrants’ are pitted against each other, has important implications for the rise and sustenance of the so called ‘movements of nativism’, people claiming their rights and trying to control scarce resources because of the history and folklore of their migration and the consequent ‘melting-pot’ effects.

The book is divided into four sections, each section, barring the second, has four chapters. Since leather work has been the backbone of Dharavi, the book provides a detailed and nuanced account of the community that undertakes this work. Contrary to the popular opinion that traditional society has dismantled as a result of changes in economic and social life of people, particularly initiated by education, the studies of communities all across India show that considerations related to status and caste hierarchy are not only thriving but have strengthened over time. It is interesting to observe a cordial blend of modernity, technical innovations and acceptance, liberalisation and outcomes of globalisation with traditional values, practices and priorities.

Each community, thus, is able to maintain its identity and cultural unity, and at the same time is also able to absorb the changes emanating from the wider world. Against this backdrop, an important contribution of this work pertains to understanding the ‘obsession’ that the communities have with their respective ‘statuses’. In this context, the practices that the leather workers of Dharavi adopted
for raising their traditional status have been closely examined. It is interesting to note that these leather workers ‘use attributes of superiority such as the fairness of their skin to distinguish themselves from other untouchables’ (p. 143). Although Indian society may not be termed ‘racial’, colour has indubitably been used as an important criterion in distinguishing and ranking communities. With caution, perhaps we may call Indian society (particularly of North India) ‘colourist’ rather
than ‘racist’.

The book documents the facets of political awakening among the Dharavi inhabitants. They are not, so to say, a ‘sack of potatoes’, bereft of revolutionary fervour and the burning desire to change. They want Dharavi to change, to have all those facilities and institutions that are available to the Mumbai of the upper crust of society, and they crave for the dynamism, complexity, multiplicity and pluri-culturalism of Dharavi to flourish. And, incidentally, the author of this book also shares these sentiments. When she started her fieldwork, she voted for Dharavi’s rehabilitation, but as her ‘insider’s and empathetic’ understanding went on, she was thoughtfully impressed by the animatedness of the Mumbai’s megaslum and the vivacity of its residents, permanent as well as temporary (p. 336).

The informal economy, which could only survive in clusters like these, supports the financial capital of Mumbai as its vertebral column. The vitality of Dharavi is captured vividly in this monograph. It is one of the finest humanistic accounts, which would change our perceptions and stereotypes of Dharavi in particular and slums in general, and we would start seeing Dharavi as an ‘urban paradigm’, as a model of urbanisation, rather than as a ‘mega-slum’, a rosary of problems that Louis Wirth described in his studies of Chicago as it was recovering from the Great American Depression of the 1920s. »

Vinay Kumar Srivastava
Department of Anthropology
University of Delhi

 « With a population of nearly a million and physically covering a three-square-kilometre stretch at the heart of India’s financial capital, Mumbai, Dharavi is known to the world as ‘Asia’s largest slum.’ In the last decade or so, the crowded, labyrinthine slum has drawn the attention of entrepreneurs, real estate investors and politicians, sensing the money to be made and the votes to be got. A cursory online search reveals that it has been in national and international news, for being, among other things, the hub of a million informal enterprises, the breeding ground for Mumbai’s underworld, the backdrop to the Oscar-winning film Slumdog Millionaire and for Great Britain’s Prince Charles deeming it a model to be emulated for sustainable living. If Dharavi has been a ‘muse’ for writers and journalists, artists and photographers, architects and urban planners (Bansal & Gandhi 2012; Boano et al. 2013; Campana 2013; Lantz and Engkvist 2009; Sharma 2000), it has equally been the subject of intense academic scrutiny (see, for instance, hot off the press, Weinstein 2014). Students of urban design, sociology and anthropology alike have been intrigued by its changing character and the predicament of its inhabitants.

What sets Saglio-Yatzimirisky’s Dharavi, From Mega-Slum to Urban Paradigm apart from other academic writing on Dharavi is the in-depth, plural perspective it is able to offer on the slum, given that it is based on nearly two decades of intense anthropological research. Through participant observation in workshops, surveys of voting patterns and interviews with leatherworkers from the Chambhar (cobbler) and Dhor (tanner) castes, this research focused on the slum’s low-caste leatherworkers (1993-2001), and more recently on the Dharavi Redevelopment Project that challenged theirs and other migrant slum-dwellers’ right to live and labour in the city of Mumbai (2007-10). The book is a sensitive and nuanced account of how these leatherworkers, and migrant working class people more generally, make Dharavi their home and place of work, and how their life and labour get imbricated with the rest of Mumbai. Dharavi is also the place where many of them experience political awakening and where rehabilitation programmes turn some of them into citizens. It is organised into four substantive sections, one each on Dharavi’s origins, population, workers and citizens.

In the first section, Saglio-Yatzimirisky argues how any discussion on Dharavi’s origins defies stereotypical characterisations and straightforward comparisons. Low-income migrants from all over India have come and settled in what was once a fisherman’s village. Contrary to popular belief, Dharavi is not a transitory settlement area. Having continued to receive a steady flow of migrants long after the industrial labour flows to Mumbai declined in the 1980s, the slum is home to migrants from diverse ethnic, linguistic and religious backgrounds, many of whom have now been residing and/or working here for more than a couple of generations. Attachment to both the slum and the village from which the migrants originate often varies according to the concerned community or generation of migrants. While the village, no doubt, remains an important reference point, visibly manifested in the way marriages continue to be arranged, the slum has its own power logics, not directly transposed from the village. In this sense, Dharavi is not to be mistaken for an ‘urban village’ (Saglio-Yatzimirsky 2013: 96), and it is not even an ‘urban ghetto’ (p. 101). It is neither forcibly isolated nor willingly inward-looking. Depending upon the context, its inhabitants choose to identify with their village roots, the local culture in the slum and Mumbai’s urban modernity. In fact, the integration of Dharavi’s economy within Mumbai’s global economy means that it is unlike the slums of middle-sized Indian cities. Indian specificities of social and spatial organisation, especially caste, equally limit the scope of broader global comparative analyses with American cities, which draw on the Chicago School of urban sociology.1 In Saglio-Yatzimirisky’s own words, ‘Dharavi is not an offshoot of villages nor is it a rejection of the city; it is a society in its own right’ (p. 108) with an informal economy which has successfully adapted to global markets, establishing an ‘urban paradigm’ which merits its distinct body of research.

The author has chosen the leatherworking community as her central focus and entry point for understanding Dharavi’s dynamics, especially its socio-economic organisation. This is an apt choice. For decades, the slum has attracted leatherworkers and has had a booming leather industry. Even when tanneries were closing down elsewhere in the city, they continued to thrive here. Leatherworkers make up a quarter of Dharavi’s population, and leatherwork accounts for nearly 15% of its businesses even today.

The second section of the book aims to provide an insight into the caste and community composition of Dharavi’s leatherworkers. The leatherworking community in the slum consists of Maharashtrian low castes, and immigrant leather working castes and low class Muslims from Uttar Pradesh, Bihar, Gujarat, Karnataka, Tamil Nadu and West Bengal. The Maharashtrian Chambhars and Dhors remain the two largest castes numerically, and the story of Dharavi is in a sense the story of their struggle to overcome the stigma attached to their low status, which in turn is derived from the intersection of their low caste and class backgrounds.

Through her reflections on caste dynamics in Dharavi, Saglio-Yatzimirisky also offers some more generalisable insights, which anyone trying to make sense of the intersections of caste, labour migration and identity politics in urban India would find useful. One such insight has to do with how, in spite of the routes to emancipation that education and employment offer to low castes, status-related considerations continue to define their sense of identity and to structure interactions amongst themselves in both the private and professional realms. Strict marriage rules are perhaps the most obvious indicator of caste considerations within the private sphere such that an alliance between a Chambhar girl and a Dhor boy would be considered inconceivable. The Chambhars also highlight their superior status compared to other untouchable castes, including the Dhors, in the professional sphere. They identify themselves as artisans (karigar) and claim to deal only with treated leather, which is deemed pure, unlike other untouchable castes who work as labourers (kamgar), handling raw leather, considered dirty and impure.

The third section of the book is specifically devoted to the organisation of leatherwork and the labouring lives of the leatherworkers in Dharavi. The author explains how there tend to be generational differences in leatherworkers’ engagement with their traditional occupation.2 If the first generation practices the traditional occupation of leatherwork, the second generation prefers to leave it behind in favour of professional jobs, thanks to opportunities having opened up for them because of their access to education and reservations in public sector jobs. The third generation seems to return to leatherwork, in the case of Chambhars less as artisans and more as traders, because they see the commercial advantages the occupation has to offer. If the second generation rejects the occupation of leatherwork because of the stigma of untouchability attached to it, the third generation has found creative ways of overcoming that stigma. Leatherwork units, themselves, are neither uniform in size nor similarly structured. Nonetheless, two broad types can be identified: the family unit and the extra-familial workshop. Caste, religion, language and regional affiliation are decisive criteria for recruitment in extra-familial units even though workshop supervisors would never openly admit to this being the case, lest they be accused of discrimination. Working conditions in this sector tend to be unpredictable, as a result of which the workers are often underpaid and the borders between the different types of units are not always clearly defined. It would, however, be wrong to deduce from this that Dharavi’s leather sector has a problem of unemployment. In fact, there is less chronic unemployment in the slum compared to the rest of Mumbai, and less in Mumbai compared to the rest of Maharashtra.

In a city where more than one in every two voters is a slum-dweller, making sense of politics in Dharavi is crucial to understanding politics in Mumbai. It is also likely to yield rich insights about the politicisation of low castes in urban India. Indeed, in the fourth section of the book, the author delves into the politicisation of Dharavi’s leatherworkers—a phenomenon that has come about gradually, with caste-based and voluntary associations being formed, and political parties like the Shiv Sena seeking to ‘Hinduise’ the low-caste leatherworkers, with a view to recruiting them as foot soldiers in their project of creating a Hindu nation. These developments shed light on the changing role and function of caste, and the struggles of low-caste leatherworkers to be treated with dignity in urban India. Saglio-Yatzimirisky observes that since the 1992 anti-Muslim riots and the subsequent landslide victory for the Shiv Sena in the 1995 elections, the leatherworkers of Dharavi have been able to increasingly see through the political games that parties play.3 In recent years, they have chosen to cleverly mobilise using different identity labels, depending upon the context in which they find themselves: ‘[they] claim to be dalit groups at election time, scheduled castes when they want to take advantage of the positive discrimination policies, poor vis-à-vis urban authorities [and] Charmakars (leather artisans) when they face threats concerning their working conditions, etc.’ (pp. 330-31).

The author states that a closer scrutiny of this politics of labelling reveals how the leatherworkers reject, as much as they can, any attempt to call themselves ‘dalits.’ This observation resonates with what scholars like Manuela Ciotti (2010) and Hugo Gorringe (2005) have found vis-à-vis low-castes in rural Uttar Pradesh and Tamil Nadu, respectively. But if Ciotti has argued that the Chamars of Uttar Pradesh, traditionally known as leatherworkers, reject the ‘dalit’ label because of the stigma of untouchability they continue to believe is attached to the label, Saglio-Yatzimirisky claims that the Chambhars of Dharavi reject the label because of the more politicised, neo-Buddhist Mahars, having appropriated it for themselves. The Chambhars and Mahars have had a long standing local rivalry. Both communities compete for the reserved posts in government offices, to which only a lucky few are appointed. This creates intense jealousy, leading them to resort to differential identity politics to distinguish themselves from each other.

The politicisation of Dharavi’s leatherworkers has culminated in their collective mobilisation against the Dharavi Redevelopment Project (DRP) since the early 2000s. As it stands, the discussion on the DRP and the mobilisation against it form part of the fourth section of the book. However, given the depth and range of insights offered, it might have made more sense to carve out a separate section on the matter. Whilst the DRP is not the first rehabilitation programme to have been launched in Dharavi, it is without doubt the most ambitious one: it intends to turn the slum area into a township. The project has given rise to indignant protest and activism by Dharavi’s inhabitants, organised under the auspices of civil society organisations and networks, political parties, and caste- and trade-based associations. Some have opted for formal, legal channels for registering their protest, others have opted for more informal means like protest marches. Their long-standing criticism of this and other rehabilitation proposals has been that these have always been imposed from above. In case of the DRP, there is considerable discontent with respect to the issue of housing: the criteria on which slum-dwellers become eligible for housing under the project ignore all people living on rent, those living on upper floors of buildings, and those who do not have legal documents to prove that they have been residents of the slum since 1995 (which was later extended to 2000). Activists and intellectuals have raised questions about how realistic and achievable the promise of ‘free housing’ is even when it comes to those who are eligible. What has been most criticised about the DRP is its economic design. Ironically, a project meant to ‘modernise’ and improve the slum’s economic core portends to threaten it instead. Critics argue that the project spells the death of Dharavi’s informal economy, specifically the production fabric, which thrives on flexibility with regard to space and labour. In the case of the leather industry, Saglio-Yatzimirisky explains how allocating consolidated but enclosed work areas and grouping industrial units in specialised districts translate into the absence of open spaces for storing hides, drying them once they have been dyed, storing leather scrap, etc. It also entails considerable increase in production costs, such that the leatherworkers are likely to decide to abandon the trade altogether.

How Dharavi’s future unfolds and what it holds for the newly politically awakened Dharavikars (its inhabitants) is a matter of concern for not only themselves but also for urban development authorities and town planners within and outside India as slum rehabilitation is a growing challenge for metropolises in the Global South. If the collective mobilisation against the DRP is successful and alternative plans see the light of day, this would have tremendous positive implications for the legitimacy of slum-dwellers and their movements for justice in Mumbai but also other mega-cities like Sao Paolo and Johannesburg. By reflecting on Dharavikars’ struggles with respect to the DRP, the book makes an important contribution to the burgeoning scholarship on the urban poor and their right to the city (Harvey 2008; Rodgers et al. 2012; Zérah et al. 2011). The author candidly admits how her own position on slum rehabilitation has evolved over the 20 year-period when she conducted her research in and on Dharavi; from having been in favour of the DRP she now considers that its implementation would be the death-knell of the slum’s vitality, especially of its informally functioning leather industry. The consistently detailed and in-depth style in which the book unpacks these issues makes it possible for the reader to appreciate the complexities involved in living, working and mobilising in slum spaces, and how the slum dwellers and the large number of actors associated with them in big and small ways approach the idea of transforming the slum’s character.

However, effectively representing the voices of those being researched is an issue that anthropologists are invariably confronted with, and is one that arises in this study too. How to critically analyse the social universe of Dharavi as accurately and sophisticatedly as possible while adequately capturing how it is perceived and experienced by the Dharavikars themselves? If the author’s own rich ethnographic observations had been accompanied by longer and more numerous quotes by the Dharavikars themselves the very important findings of this monograph on issues of identity, belonging, labour, livelihood and citizenship would have been brought alive. The quotes would have also enhanced the representativeness of the author’s own observations as well as the fluidity of the writing as such. Where the slum-dwellers’ experiences are presented in their own words before examining the various meanings that can be derived from it and before articulating them in terms of complex theoretical reflections, it has made for a more engaging and authoritative account. For instance, leather workshop head, Mahadeo Kadam’s observations about paying his Bihari workers on a monthly basis but paying his Gujarati workers on a weekly basis because of the former’s trustworthiness in his eyes, or his sexist remarks about how he prefers not to hire women workers because ‘they don’t work as well as men’ clearly illustrates the points that Saglio-Yatzimirisky wants to bring to the reader’s attention about the prevalence of regional and gendered stereotypes in Dharavi’s leather sector, which inform the discriminatory practices adopted by workshop heads in recruitment and payment (Saglio-Yatzimirsky 2013: 191). This brings up a related point. Where available, it is the voices of men that seem to dominate the text. While this might well be because women are fewer in number in the leather sector in Dharavi, one would have liked to hear the voices of these women. Also, a number of the analytic observations on the migrants’ experiences of living and working in the slum and on the gender division of skills and labour in the ‘domestic’ workshops that the author does make could have been more poignantly expressed. This would have been possible had Saglio-Yatzimirsky engaged more deeply with feminist scholarship on gender, migration and labour than she presently has in this monograph.

The above observations notwithstanding, Dharavi, From Mega-Slum to Urban Paradigm is an outstanding contribution to the breadth of literature available on Dharavi. It is a must-read for scholars of sociology and anthropology of South Asia, and for scholars of urban studies, labour studies and development studies in the Global South context. »
Radhika Govinda
Lecturer in Sociology, University of Edinburgh

 

Sur Intouchable Bombay, le bidonville des travailleurs du cuir

« Cet ouvrage propose une lecture passionnante, un intense cheminement personnel et un puissant enrichissement culturel et de recherche.[…] » Lire la critique complète.
« Adoptant une démarche résolument interdisciplinaire permettant de prendre en compte de nombreuses dimensions de la vie dans ce bidonville de Mumbai, Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky nous montre, avec une grande justesse de ton et un souci de précision dans l’exposition, comment la population de Dharavi est « devenue [une] société ». Un livre important pour ceux qui croient à la complexité des liens entre population et développement et sont sensibles au caractère humain de ces questions. » Lire la critique complète de Jacques Véron (en bas de page)
Critique de Blandine Destremau
Critique de Véronique Dupont

 

Sur Megacity Slums: Social Exclusion, Space and Urban policies in Brazil and India

 

Sur L’Inde, population et développement

« Cette remarquable équipe de spécialistes de l’Inde nous présente sur ce vaste pays un dossier de haute tenue, et par son fond, et par sa forme. […] Une performance difficile à égaler. » Lire la critique complète.

 

Sur From stigma to assertion

 

Sur L’abattoir de Deonar (Mumbai, Inde) : centre industriel ou autel sacrificiel ?

 

RFI – Emission 7 Milliards de voisins de Charlie Dupiot, le 15 mars 2018 – Traumatisme chez les migrants
Simone : Femmeactuelle.fr – Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky est psychologue. Elle libère la parole des réfugiés Lien Vidéo

France 5 – Le magazine de la Santé animé par Marina Carrère, le 3 avril 2018

TV 5 monde, Emission 7 jours sur la planète animée par Valérie Tibet
France 3, le magazine de 9h50 animé par Valérie Lamouroux (à partir de la 24e minute)
Conférence au centre Pompidou – Réfugiés : un défi pour l’Europe
Conférence au centre Pompidou – Les mots de l’exil


Désordre et pacification des périphéries par Bpi_Centre_Pompidou
Journée d’études « Autour de l’exil » 18 mai 2015, CRBC-EHESS:

Des Nigérians et des Bangladais à Sao Paulo: Lien Vidéo