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Liminal

LIMINAL (Linguistic and Intercultural Mediations in a context of InternatioNAL migrations) est un programme financé par l’Agence Nationale de la Recherche pour 3 ans  (2017-2020) et coordonné par Marie-Caroline Saglio-Yatzimirsky (coord. adjoint, Alexandra Galitzine-Loumpet). Il porte sur les interactions et les médiations entre migrants et acteurs institutionnels, associatifs et informels en situation de crise migratoire et humanitaire, telle que celle-ci se développe en France depuis 2015 (multiplication des campements, création de camps et centres d’accueil et d’hébergement). Les questions des interactions et de médiations linguistiques et interculturelles en contexte de migration internationale n’ont pas été précisément étudiées par les programmes de recherche nationaux et internationaux alors qu’elles sont au fondement des politiques d’accueil.

Portée par trois centres de recherche de l’INALCO (le Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA), le Centre Pluralités des langues et identités : didactique, acquisition et médiations (PLIDAM) et le Centre d’Études et de recherche sur les Littératures et les Oralités du Monde CERLOM) et grâce à la participation de chercheurs spécialistes de la migration et des médiations d’autres centres français et britannique (SOAS de Londres), l’équipe pluridisciplinaire de LIMINAL réunit des anthropologues, sociologues, psychologues, linguistes, sociolinguistes et sémioticiens. Celle-ci s’intéresse aux interactions et aux pratiques de médiation dans plusieurs langues majoritaires sur les camps, centres et campements en France : urdu, pashto, farsi, dari, amharique, arabe syrien et arabe soudanais. À travers ces langues, elle considère les populations majoritairement rencontrées sur les espaces d’étude, originaires d’Asie du Sud (Afghanistan, Pakistan des régions penjabie et pashtoune en particulier, d’Iran, de Syrie, des régions des deux Soudans et du Darfour, d’Éthiopie, mais aussi de zones limitrophes qui manient ces langues ou qui utilisent le français ou l’anglais. L’équipe mène des études de terrain en binômes (anthropologues-sociologues et sociolinguistes) dans les camps, campements et centres sur trois zones en France : Paris et la région parisienne, le Calaisis, la région Provence Alpes-Côtes d’Azur, ainsi que dans les villes frontières (Douvres et Vintimille).

Le projet LIMINAL se présente ainsi comme une recherche-action en terrain sensible, exigeant le respect d’une charte éthique pour la collecte et l’exploitation des données. Il repose sur plusieurs hypothèses théoriques dont (i) l’intérêt de questionner les interactions et médiations pour mieux comprendre les stratégies des acteurs (ii) l’impact des contextes institutionnels sur les situations de médiations (iii) la centralité de l’interprète –médiateur dans le dispositif d’accueil des migrants (iv) la nécessité de développer des outils adéquats multilingues en réponse aux demandes des acteurs de terrain. Pour y répondre, LIMINAL développe une méthodologie originale et réflexive fondée sur la collaboration entre chercheurs et acteurs professionnels et associatifs et travaille avec le concours d’associations, en particulier Emmaüs et la Plateforme Service Migrants du Calaisis. Grâce à la collecte et à l’analyse de données verbales et non verbales, textuelles, sonores, audiovisuelles, le projet LIMINAL a pour objectif de (i) constituer une plateforme numérique multilingue à partir de données lexico-terminologiques sur des populations migrantes mal connues et sur leurs usages des langues dans des situations d’urgence et de contrôle d’information (ii) la production d’un corpus audio-visuel sur les situations d’interaction et de médiations à usage de la recherche et de la formation, (iii) la création d’outils scientifiques et pédagogiques sur la fonction de l’interprète-médiateur (élaboration de modules de formation du médiateur, proposition de glossaires et de lexiques) etc. Ces livrables sont élaborés grâce à l’expertise des membres du consortium travaillant à l’environnement numérique (archives audiovisuelles de la recherche, HAL-INALCO) et de membres extérieurs. Par son objet et sa méthodologie, LIMINAL entend ainsi répondre de manière innovante à la compréhension des enjeux migratoires et leur traitement, priorité des enjeux de l’accueil des migrants au niveau européen.

 

Réfugiés, Ville, santé mentale

Le projet « Réfugiés, Ville, Santé Mentale » organise des missions scientifiques et pédagogiques entre plusieurs partenaires de la COMUE Sorbonne Paris Cité (CESSMA Inalco-Paris Diderot-IRD et Université Paris 13) et l’Institut de Psychologie de l’Université de São Paulo. Le projet actuel compte plusieurs membres directement engagés dans sa mise en place : M.C. Saglio-Yatzimirsky (INALCO, CESSMA), M. Debieux et V. de Carmo Huerta (IP-USP), T. Baubet (UTRPP-Paris 13) et engage plus d’une vingtaine de chercheurs et étudiants.

Ce projet porte sur la question des récentes migrations politiques dans les grandes villes (Paris, São Paulo) et la prise en charge clinique des demandeurs d’asile. Il s’agit d’un projet interdisciplinaire, qui réunit à la fois des historiens et socio anthropologues et des psychiatres, psychologues et psychanalystes, du PRES SPC et de l’USP. Il a pour ambition de mettre en miroir l’organisation et les différentes perspectives de la prise en charge psychiatrique et psychothérapeutique d’une population qui connaît des traumatismes politiques. A partir d’une contextualisation de l’histoire de ces réfugiés, très différente au Brésil et en France, de l’actualité de la question en France et en Europe après les évènements de Lampedusa ainsi qu’au Brésil face à la croissance rapide des demandes d’asile, la recherche porte sur l’échange d’expérience entre chercheurs et praticiens engagées dans la prise en charge des réfugiés. Un premier colloque s’est tenu à Paris (auditorium de l’INALCO) les 19 et 20 juin 2014.

 

Autres recherches

Le projet  ASCENT (Asie du Sud, Culture, santé MENTale)  propose une anthropologie critique des systèmes de soin psychiatriques et psychothérapeutiques proposés à des populations sud asiatiques aujourd’hui en France et en Inde. Il fait suite au projet PACT (Psychologie et Anthropologie pour une approche Culturelle du Trauma) conduit entre 2011 et 2012. Il convoque l’anthropologie sociale et culturelle, l’anthropologie médicale, la psychiatrie et la psychologie pour confronter les modèles occidentaux et les catégorisations de la psychiatrie et de la psychothérapie avec les expressions de la maladie mentale dans le monde indien. La validité universelle des classifications de la psychiatrie, mais aussi les présupposés socio-philosophiques de la psychologie occidentale sont questionnés dans leurs limites théoriques et cliniques. Cette recherche propose de récapituler dans un premier temps les références théoriques en anthropologie médicale et en psychologie transculturelle concernant l’articulation entre ces modèles occidentaux et les systèmes de soin traditionnels et religieux en Asie du Sud contemporaine. Dans un second temps, l’étude de consultations psychiatriques et psychothérapeutiques en France et en Inde permet de souligner les limites de ces modèles. Le malentendus possibles relèvent d’une catégorisation non adaptée, d’un cadre qui ne tient pas compte des spécificités culturelles (importance de la famille et de la religion par exemple) et d’un traitement qui ignore les théories étiologiques du patient.
Pour cette études, deux terrains sont développés: en Inde, les consultations de praticiens formés à la biomédecine et aux techniques occidentales (psychiatrie, counselling…) qui proposent des adaptations au contexte local ; en France, le service de psychiatrie de l’hôpital Avicenne (93) qui accueille une consultation dite transculturelle avec des migrants et demandeurs d’asile, entre autres Tamouls du Sri Lanka, Bangladais et Pakistanais. Il s’agit de comparer les récentes propositions faites pour articuler cliniquement des systèmes de penser la maladie mentale qui s’ignorent généralement. Les objectifs sont de participer à la réflexion actuelle menée en Inde au niveau national sur la refonte du  Mental Health Care Bill (2013) qui pose la question de la la diffusion de la psychiatrie mais aussi de son indigénisation (ii) de participer à la réflexion sur l’offre de soin proposée aujourd’hui en France à des populations de cultures non occidentales, en l’occurrence sud asiatiques, dont la demande ne cesse de croître.
La recherche a débuté en 2012. Les partenaires scientifiques sont le CESSMA (UMR 245, IRD-U. Paris Diderot, INALCO), l’Unité Transversale de Recherche Psychogenèse et Psychopathologie (UTRPP-Paris XIII- EA 4403), l’Institut Français de Pondichéry (IFP, UMIFRE 21 CNRS-MAEE). Le terrain se fait en partenariat et dans cinq centres cliniques: l’un en France, l’hôpital Avicenne, et quatre en Inde du Sud : National Institute of Mental Health and Neuroscience (NIMHANS) à Bangalore,  BALM-Banyan Institute de  Chennai–lui même engagé dans une recherche en Anthropologie et Cross Cultural Psychiatry avec University College of London, le   Sowmanasya  Mental Health Clinic (Trichy) et le Christian Medical College of Vellore.
La conduite d’un terrain anthropologique  dans le temple de Gunaseelam (Tamil Nadu, District Trichy) qui soigne traditionnellement les malades mentaux et où une consultation psychiatrique s’est ouverte en 2004, accompagne et illustre notre propos.
Un article avec B. Sébastia et M.C Saglio-Yatzimirsky pour Anthropology and Medecine  a été publié en 2014, et un film documentaire de B. & C. Sebastia et M-C Saglio-Yatzimirsky (Tirttam and Tablets) et produit par l’IFP et l’INALCO a été réalisé en 2014 (version courte de 22′ et longue de 52′).